Winnie Mandela, l’insoumise de Soweto n’est plus

01 mai 2018

Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela dit Winnie Mandela, surnommée la mère de la nation, a vécu une existence bien controversée. Militante anti-apartheid et sympathisante de l’ANC, elle rencontre Nelson Mandela, l’un des premiers avocats noirs d’Afrique du Sud. Lui aussi membre actif  de ce mouvement,  il en deviendra le président.

A 81 ans, cette femme politique sud-africaine diplômée en relations internationales, ne regrettait rien de ses combats. Contrairement à son mari qui prônait la non-violence, elle a évolué vers le radicalisme. L’un souhaitait la paix et l’autre la justice. Son mari emprisonné de 1962 à 1990, c’est elle, la féministe (Winnie Mandela présidera la ligue des femmes de l’ANC) qui a repris le flambeau face aux balles et à la haine. Elle ne cachait pas la violence avec laquelle elle menait son engagement. Elle a d’ailleurs été condamnée à plusieurs reprises et assignée à résidence. Elle n’était autorisée à visiter son mari que deux fois par an à la prison de Robben Island (près de la ville du Cap) tant elle était considérée comme dangereuse.

Président de la République, Madiba la nommera vice-ministre des Arts, de la culture, de la science et des technologies. Cette collaboration se soldera par un divorce en 1996. Ces deux êtres que tout rassemblait, avaient évolué vers des idées divergentes.

Une vie de lutte contre l’apartheid

Elle reprochera plus tard à Nelson Mandela d’avoir partagé son prix Nobel de la paix avec le Président Frederick De Klerk et n'appréciera pas non plus qu’une statue de Mandela soit érigée dans le quartier blanc de Sandton plutôt qu’à Soweto où elle vécut jusqu’à sa mort le deux avril dernier.

Pourtant Nelson Mandela, pendant ses vingt-huit années d’enfermement, aurait pu tel un prisonnier ordinaire être oublié. Grâce à une épouse prête à mourir pour la liberté du peuple noir, il ne l’a pas été. Ne dit-on pas qu’il y a une femme derrière chaque grand homme ?

L’Afrique du Sud aujourd’hui

L’ANC est toujours le parti au pouvoir aujourd’hui mais sa réputation entachée d’accusations de corruption l’a rattrapé. Winnie Mandela évoquera dans une récente interview le besoin de renouveau de son parti pour conduire l’Afrique du Sud sur le chemin de la liberté. Soweto est toujours un quartier noir comme au temps de l’apartheid. 53 % des jeunes y sont au chômage et un tiers de ses résidents vit en dessous du seuil de pauvreté.

Dix jours de deuil national ont été décrétés par l’ANC à cette égérie anti-apartheid ainsi qu’un vaste programme d’hommage. Celle que tout un peuple pleure a été enterrée le 14 avril dernier à Johannesburg.

Florence Campenon

© Slum Dwellers International, Winnie Madela, 2.01.2012.